Aujourd’hui quel choix ? Pierre LOTI ou terrains LOTIS ?

Bientôt les municipales. Je vois que beaucoup de cinquantenaires s’inscrivent. Tant mieux ! Comme moi ils ont sillonné le pays quand ils étaient adolescent, avec ce sentiment que leur univers était intouchable. C’étaient les années 70. Le parc de Keraoul, magnifique, avec son château, son bassin plein de carpes, ses arbres énormes, était une vraie forêt. Le chemin de douane nous amenait de l’abbaye de Beauport jusqu’à Launay, il y avait le grand tour jusqu’à Lézar par les bords du Trieux. Le bourg offrait un éventail de commerces bien supérieur à maintenant. On piquait parfois des carambars à la boulangerie, merci Madame Fercoq, d’avoir fermé les yeux sur ce bonheur insouciant. Après, on allait chez Jounot acheter de quoi pêcher dans le bassin. Les bateaux de pêche s’y pressaient, les bassins n’étaient pas encore un dortoir de plaisance. En retrait, nous avons toujours eu une belle campagne pleine de ressources, comme ses producteurs qui ont su promouvoir le coco paimpolais au rang d’AOC. Nos concitoyens, agriculteurs, ostréiculteurs, marins pêcheurs, artisans et commerçants sont fiers de leurs racines et aiment leur pays. ’ai toujours pensé que, armée d’un conseil municipal éclairé, notre petite ville au passé prestigieux de pêche islandaise saurait se servir de ses atouts environnementaux, humains et patrimoniaux pour s’orienter vers une économie de tourisme, puisque ce sont ses atouts majeurs. Mais hélas, quelle ne fut pas ma surprise quand, après une longue absence, j’ai constaté que le panel à faible QI qui peuple le conseil municipal avait déboisé mon enfance pour y planter tous ces lotissements. Pour couronner cette désillusion, j’apprends aussi par la cour des comptes régionale que Paimpol a perdu son statut de ville touristique. Les déjections humaines balisent les sentiers, la délinquance et les problèmes sociaux ont fait des progrès, le maigre budget est gaspillé … Tout ça est-il un hasard, l’origine ou la conséquence de ces changements ? Paimpol, considérée par tous les Islandais comme la ville la plus illustre de France après Paris, n’est plus qu’un port de plaisance standardisé réservé aux vieillards. Une cité dortoir ! Il est vrai qu’en revenant au pays, et frappé par cette grandiose ineptie derrière l’église de Ploubazlanec, on se dit que « nos » élus manquent sérieusement  d’éclairage intellectuel et que l’on a gravement porté atteinte à notre environnement !

Le Paimpol historique expose ses belles demeures Cependant sachez que l’on peut compter sur les doigts d’une main les éléments classés au patrimoine national, et que sans un recensement (qu’aucun élu ne veut d’entreprendre !) quiconque peut faire à peu près ce qu’il veut : acheter, raser, bétonner. Est-ce un hasard s’il y a autant de cabinets immobiliers à Paimpol ? Certainement pas ! Paimpolais, plouezecains et ploubazlanecains, voyez comme tout se dégrade, avec la caution d’irresponsables qui, plutôt que promouvoir le patrimoine existant et le tourisme, se campent sur la facilité du bétonnage.

Il y a de meilleurs exemples. Bréhat se préserve grâce à la lucidité de ses irréductibles insulaires. Pourquoi pas le continent ? La Villa La Benne a été sauvée par un collectif de riverains, la villa Houlen (quai de Kernoa) a échappé de peu au promoteur qui aimerait, d’ailleurs, casser la maison Bonne (Espérons que l’acheteur du Bellevue n’ait pas la même envie criminelle) … On voit donc que les seuls gardes fous actuels sont des particuliers responsables. Hélas, ils ne sont pas tous aussi dignes : on le voit pour la maison Frédéric Bonne…

Aussi, méfions-nous qu’un jour, maintenant envisageable, le parc de Kersa ne soit découpé en lotissements (et là je me pose en prophète !), et qu’autour de Kerroc’h ne bourgeonnent également ces « verrues sur mer » vendues sur plans. Gardons-nous de nous éveiller un jour, cerné par un horizon de béton, de Sainte Barbe à Lézar, avec toujours ce château d’eau de Ploubaz, amer de l’apocalypse.

Alors, Paimpolais nous aurons perdu non seulement nos plus beaux atouts touristiques, mais notre âme. Il nous restera, pourquoi pas, du regret, mais « trop tard il est », dira le sage.

Les meubles peuvent encore être sauvés ! Ils le savent ces pères qui se proposent au chevet d’une cité malade. Moi je dis qu’on s’inscrit à une liste électorale dans le même esprit qu’on inscrit ses enfants à l’école : c’est pour eux que l’on se lève le matin, et non pas pour les déshériter de leur terre et de leur histoire.

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