Fonction territoriale : « Quand j’entends le mot patrimoine, je dégaine ma pelleteuse »

(censuré par la Presse d’Armor…)
D’abord un échantillon d’histoire : Début 20ème, l’urbanisation irréfléchie déclenche un raz de marée de transferts des cimetières historiques. En somme, on foutait nos morts au rebut et nos vieux à l’hospice. Celui de la Vieille église à Paimpol n’a pas échappé au massacre. à Paimpol, ce transfert (1898, puis terrassement honteux, années 60) a été perpétré avec un tel manque de respect qu’il a confiné au scandale politique. Même chose à Pleudaniel (années 80) : avec un cynisme incroyable, les élus ont « balancé » leur cimetière historique dans la baie de Camarel, et les morts de Kérity aussi qui sont allés combler la zone sourcière de Kermin et sa cressonnière…

Une des grandes hypocrisies des médias a été de faire croire que les violations de sépultures et les profanations étaient le fait du racisme. On devrait reconnaître que, sur ce sujet, les racistes, eux, savent ce qu’ils font, et à la limite on peut leur être reconnaissants de secouer la société, plongée dans cette espèce d’amnésie  identitaire dans laquelle elle se complait. Dans cette insulte aux anciens, ce témoignage de perte des repères, ce somnambulisme culturel, les Zombies, en fait, c’est nous …

Apres destruction des tombes et Vestige du cimetière. Années 50.

Mais y a de l’espoir, ce n’est pas comme ça partout. A Bedoin, très charmant village niché au pied du Mont Ventoux (où il m’a été donné de contempler un des plus beaux azurs de ma vie), on réhabilite le cimetière médiéval (voir galerie, monuments religieux). Comme quoi  les petits patelins ne sont pas tous victimes de l’exode des cerveaux…

Par contre chez nous, l’intercommunalité veut y implanter … des containers à déchets ! Allez donc voir l’excavation pratiquée au pied de la vieille Tour et allez, vous aussi, demandez à la mairie pour quoi faire, et pourquoi n’y a t-il pas de panneau de permis …

illustration du respect du patrimoine et du cadre de vie à Paimpol (2010).

On aurait tort de ne déplorer que les apparences insultantes ce cette profanation, car une poubelle enterrée, c’est comme un iceberg, et sa face cachée n’est pas propre. Il est donc opportun de dénoncer le fond de pression commerciale qui est, ça va de soi, soigneusement occulté. Sachez que les catalogues de mobilier urbain circulent dans les mairies. Ça n’empêche pas de proclamer « On n’a plus de sous ! » Pourtant des marchés juteux sont passés. Les collectivités font du forcing pour fourguer la came. Les mairies signent les chèques.  Les couillons payent. Un fabriquant de containers à déchets vient de s’installer en Côtes d’Armor, Oooooh, mais quel hasard !  Et au bout du jeu de domino, les commerçants sont taxés un peu plus sur le prétexte des déchets… En bon prince, le territoire dispense de manière totalement irresponsable cet argent qu’il n’a pas. Nos cités sont donc devenues le terrain de jeu d’une junte territoriale dont le vice dispendieux fait exploser nos charges (enquêtes IFRAP 2003, Société Civile n°102, 2010). Elle prend les citoyens pour des veaux suspendu aux mamelles des grandes surfaces, le cul directement connecté aux containers à déchets (ou plutôt à de grosse tirelires).

Et voilà donc le couvercle levé sur le dossier poubelles. Ce que je veux dire, c’est qu’on doit considérer ce fait divers sur ses coutures sociale, financière et culturelle : En plus d’une opération financière, cette affaire a révélé l’incapacité de la Communauté de Communes à faire autre chose que pomper  le fric du contribuable et le jeter aux poubelles, quitte à renouveler les méfaits de leurs prédécesseurs. Par-dessus ça, on constate une absence parfaite de logique progressiste dans certains patelins.  Notre ville est dégueulasse et irrespectueuse envers ses origines, elle n’est pas encore prête à évoluer vers un système plus rationnel. Autant aller faire cette vente forcée en Afrique.  A défaut de volonté et de réflexion, une évolution technique est inutile : Avant, c’était dégueu (cf. photo St Vincent). Aujourd’hui, c’est fait en dépit du bon sens. Demain, ce sera aussi crado qu’avant, mais plus cher, ce sera la seule différence.

Notre ville est-elle encore maîtresse de ses choix ?

Jean-Claude JESTIN

ANNEXE: Lettre ouverte.

Objet : Affouillements incongrus en zone classée.

Monsieur le Maire,

Les paimpolais assistent à des affouillements sur le rond point du Goëlo et au pied de la Vieille Tour. Que se passe-t-il ? Des fouilles archéologiques ? Exhume-t-on enfin la fontaine qui fut soigneusement occultée pour ne pas gêner les terrassements d’une triste époque ?

Non, ce n’est pas ça, je refroidis… Alors que la mairie nous consulte sur le devenir de notre ville, on installe des containers à déchets sur un rond point stratégique, en pleine future ZPPAUP, au pied d’un patrimoine classé, et où encore ? Aï ! Ça brûle.

Que disent les bâtiments de France après avoir, soit dit en passant, cautionné la destruction d’une part de l’enceinte classée du vieux cimetière ? Tant qu’on y est. A quoi bon protester ? Autant s’adresser à un mur…

Que la ville souhaite organiser un circuit touristique de l’élimination de nos déchets, ça ne manque pas d’originalité. Passe encore. J’imagine que cela relève plus d’un choix politique que d’un manque cruel de bon sens, ou d’odorat. Dommage que ce fait accompli soit imposé autant au paimpolais outré qu’au touriste consterné.

Mais qu’on ose faire « ça » au pied de la vieille Tour classée et que l’on envisage dans la foulée d’enfoncer le clou à l’emplacement de l’arbre de la liberté place du Martray, ça relève de l’ironie machiavélique ou du masochisme patrimonial, voire de la profanation.

Notre association a donc l’honneur de vous interroger. Nous espérons que vos responsabilités vous laisseront assez de loisir pour mettre un coup d’arrêt à cette vitrine grotesque de la poubellisation de notre patrimoine.

En attente de votre réponse, nous vous adressons, Monsieur le Maire, nos remerciements pour vos efforts à préserver le très fragile et d’autant plus précieux patrimoine paimpolais, et le témoignage de notre très respectueuse considération.

Jean-Claude Jestin, Président d’AMIs

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